L’exposition Paris en Noir et Blanc – 15 photos expliquées

Je prends plus ou moins le “contrôle des lieux” le temps d’un billet sur le blog [Naro] Photo, là où Genaro partage sa passion pour la photo.

Il y a quelques semaines à Paris, Naro exposait pour la première fois une sélection de ses photos. Ses photos noir & blanc de Paris avec les parisiens qui l’habitent. Première exposition. Toujours un grand moment pour un photographe. Après avoir travaillé sa technique dans l’ombre depuis quelques années et toujours à l’affût constante de ses prochains sujets, c’était un premier rendez-vous devant amis, fans et curieux. Anxieux sans doute et appréhendant sûrement un peu le regard des autres sur son travail.

J’apprécie personnellement la photographie de Naro. Particulièrement, son talent à jouer avec les nuances du noir et blanc. Y a tant à explorer dans le noir et blanc. J’ai porté une attention particulière à son projet d’exposition et me suis amusé à retourner dans ses centaines de photos à date (du moins, celles qu’il a bien voulu nous montrer) et lui ai suggéré quelques clichés, non pas pour influencer son choix mais davantage pour m’assurer qu’il avait bien revu tous les recoins de sa production à date. Je ne connais pas grand chose au côté technique de la photographie mais je sais probablement reconnaître une belle photo qui me parle. Mais chacun a son propre regard et sa propre sensibilité en regardant une photo… et c’est très bien comme ça.

Naro a probablement porté attention aux suggestions de son entourage, y compris les commentaires et les “like” laissés au fil du temps sur les médias sociaux où il teste régulièrement ses plus récentes photos. Au final, c’est sa sélection personnelle et c’est son propre regard qui compte dans cette sélection. Un choix certainement difficile à faire où à partir d’une première sélection plus large de photos candidates potentielles, il a dû éliminer et éliminer encore pour n’en retenir finalement que 15.

Une fois l’exposition terminée, j’ai suggéré à Naro de se prêter à un exercice à travers ce billet afin de justement documenter son regard personnel sur cette sélection. Cette sélection qui se veut en quelque sorte une première pause sur ce qu’il a fait à date. Son propre regard sur un premier bilan.

Plusieurs ont eu l’occasion de voir l’exposition et échanger leurs réactions en découvrant ces photos mais probablement peu ont eu l’occasion d’entendre Naro nous parler des 15 photos de sa sélection. Ce billet de type Q&A prend donc la forme d’une question par photo pour lui permettre de partager tantôt les raisons qui ont justifié un choix, tantôt la petite histoire derrière une photo, ou encore une petite anecdote ou un aspect technique qu’il essaie d’améliorer en continuant de multiplier les clichés.

Merci à Naro d’avoir accepté de se prêter au jeu de l’interview. C’était mon petit coup de pied au derrière pour le forcer à documenter un peu plus cette première exposition.

15 photos. 15 questions. 15 réponses.

Une façon de mieux comprendre ses choix pour ceux et celles qui s’intéressent à sa photographie. Notre propre regard sur chacune de ces 15 photos resterait bien incomplet sans connaître le point de vue de son auteur.

Guy – Alors, merci Genaro pour te prêter au jeu. Je présente chacune des photos, l’une après l’autre, et te propose un angle bien personnel mais ce n’est qu’un angle potentiel. Alors, ne te gêne pas pour emprunter un autre chemin si tu as d’autres éléments qui te semblent plus pertinents pour nous expliquer tes choix. On se lance donc avec la première. La photo phare de ton exposition: Marais – Je t’aime.

Photo 1 – Marais – Je t’aime

Guy – Commençons donc par cette photo phare de l’exposition, celle que tu as utilisé pour la promotion. Un choix naturel probablement. Une très belle photo. Une raison particulière pour l’avoir retenue parmi toutes les autres pour la promo? Celle qui se prêtait le plus à la promotion ou un indice de ta préférée dans les 15 ? En deuxième sous-question, j’ai lu quelque part que tu pouvais attendre longtemps sur les “lieux du crime”, une fois ton sujet de photo choisi afin d’obtenir ce que tu recherches comme résultat. C’est peut-être un bon exemple pour décrire ton processus. On sent sur cette photo qu’une fois ton angle choisi, tu as probablement dû attendre avant de voir se pointer le bon modèle qui ferait une belle photo et on sent aussi que tu aurais peut-être préféré prendre la photo une seconde plus tôt pour ne pas voiler les mots “Je t’aime”.

Naro – Bonjour Guy,  je tiens déjà à te remercier pour cet exercice, qui sera intéressant j’en suis sûr au moins pour moi. Cette photo est effectivement celle qui se prêtait le plus à mon avis à la promotion. J’ai simplement remarqué que c’est une des photos qui plaisait le plus parmi celles que j’ai partagé cette année sur mon album ‘Petits Bouts de Paris‘. Mon processus de photo de rue a progressé avec les années, sans que l’on ne me montre particulièrement la voie.

Mes progrès ont surtout eu lieu grâce à des lectures de deux photographes très différents. Le premier est celui qui m’a donné envie de poursuivre la photo de rue, Henri Cartier Bresson. Il me permit de comprendre que l’on peut être dans un endroit qui parait très simple et sans intérêt particulier, et que l’on peut y voir de la beauté. Cartier-Bresson considérait son travail comme du Surréalisme, ce qui parait incroyable pour celui qui est certainement considéré comme le plus grand photo-reporter de tous les temps. La phrase de Cartier-Bresson que je retiens et me répète à chaque sortie est la suivante : “choisis un cadre et attends, choisis un sujet et suis-le”. Cette photo en est caractéristique : j’ai vu ce graphe que je trouvais superbe, et j’ai attendu quelque minutes. Cette femme était un joli renvoi à mon amour de la photo de rue.

La seconde de mes inspirations est Eric Kim, qui s’approche bien plus de mes petites geekeries sur la blogosphère, avec particulièrement ce billet ‘Stay in the F*cking Bus‘. Et je crois que mon ‘Bus’ est au croisement de l’architecture et d’une scène de vie. Mais je ne suis pas sûr de l’avoir vraiment trouvé, mon bus…

Photo 2 – Chapelle

Guy – Pour être tout à fait honnête, Chapelle est une photo qui m’apparait plutôt banale. Alors, il y a sûrement quelque chose qui m’échappe. Je pense qu’on a besoin de toi sur celle-là…

Naro – Cette photo est peut-être ma préférée, même si j’aurais bien du mal à n’en choisir qu’une. J’y vois une douceur dans l’instant et j’aime plus que tout ce que laissent penser ces deux hommes. Ce qu’y voient les amis qui sont placés devant cette photo m’a beaucoup surpris, certains perçoivent une amitié quand d’autres supposent un deal de substances interdites.

Je crois que la photographie est un double-instant, l’instant qui déclenche et celui où l’on observe le résultat. Mon déclenchement est au milieu d’une après-midi où je ne décidais de ne photographier que des mains, toutes les mains que je croisais et qui me semblaient intéressantes. Les résultats de cette après-midi sont assez étonnants, et cette photo est ma préférée de la série. Probablement pour ce que je projette quand je la regarde, et pour le souvenir du déclenchement qu’elle me donne.

Cette photo est ratée, floue, peut-être banale. Mais je la porte assez haut dans mon coeur.

Photo 3 – Musée des Arts Forains

Guy - Musée des Arts Forains est une très belle photo. Une des très rares prises en intérieur d’ailleurs dans ta sélection. Alors sur celle-là, c’est carte blanche. Explique-nous cette photo. Photo très spontanée probablement et un exemple du photographe toujours aux aguets qui a un quart de seconde pour réagir ?

Naro - Cette photo n’est pas une photo de rue, pour commencer, ce qui devrait être une erreur sur mon choix. Je ne peux exclure que j’ai choisi cette photo pour MisBlaBlaBla qui l’aime particulièrement et qui me poussa inlassablement à exposer. Pour cela, je l’en remercie, ce fut une expérience mémorable et passionnante.

C’est la simplicité de la photo que j’apprécie. Mais le cadre est original puisqu’elle fut prise pendant un concert de Benabar au Musée des Arts Forains, qui accueille rarement des concerts. Je voyais cette femme qui envoyait des coeurs avec ses mains à l’artiste sur scène, j’ai visé et cherché l’instant où elle serait seule à lever les bras, sans les téléphones (ou boitiers) qui pulullent maintenant dans les concerts. Avec un peu de chance, je l’ai eue. J’en suis heureux car le résultat me donne chaque fois le sourire.

Photo 4 – Lovers

Guy - Celle que tu nommes “Lovers” est annotée “Holding Hands in a Dream” dans tes albums Facebook. Mon père qui ne connait rien en photo et qui verrait cette photo sur un mur chez moi me demanderait probablement pourquoi je mets une photo ratée sur mon mur. Petite provoc ici… Mais il est toujours ouvert quand on lui explique…. Décidément, il y a une qualité plutôt technique qui explique cette sélection mais qui échappera probablement à plusieurs. Tu nous expliques? On n’en retrouve pas beaucoup d’ailleurs de ce genre dans tes photos en général. Un essai d’une seule fois que tu n’as pas cru bon explorer davantage par la suite ?

Naro - Cette photo est floue, c’est certain. Mais je ne la qualifierais pas de ratée, car le résultat est exactement mon intention. Je n’ai aucun problème à réaliser ou proposer des photos floues, pour moi la technique (et le matériel) sont d’abord au service d’un sentiment, pas d’un bout de papier ou de pixels sur facebook. Quand j’ai suivi ce couple j’ai voulu faire passer la douceur que je voyais dans leurs mains, ils marchaient lentement et me semblaient apaisés. C’est ce que j’ai essayé de transcrire. Quelqu’un qui a vu cette photo me disait y voir une cover d’album (de musique), et j’aime bien cette idée. Et si tu en vois peu comme celle-là, c’est que la plupart du temps, mes photos floues, même volontaires, sont ratées.

Photo 5 – Trudaine

Guy - Ces derniers jours, quelqu’un faisait un commentaire sur une récente photo que tu avais publiée sur Facebook disant que tu devenais maître dans ces jeux de lumière dans la pluie. Que ça devenait graduellement la “marque Naro”. C’est indéniable que c’est un élément qui revient souvent dans tes photos. Peut-être l’occasion idéale en utilisant cette photo - Trudaine – pour nous expliquer si tu t’amuses encore à prendre ces photos qui explorent régulièrement ce thème de l’eau et des effets de lumière et de reflets. Tu y cherches et trouves encore quelque chose à pousser plus loin au niveau technique ?

Naro - Je ne sais pas si c’est une marque. Il est certain que la pluie donne à Paris ou à toutes choses d’ailleurs, une humeur spéciale. J’aime les gens qui sourient sous la pluie, ne soyez pas surpris de me voir marcher tout mouillé avec un sourire parfois forcé, juste pour le regard de ceux que je croise. Alors dès qu’il pleut, et si le temps disponible le permet, je prends mon boitier et je sors. Je cherche des reflets et des attitudes atypiques. Pour celle-ci je crois bien que j’ai fini les fesses mouillées, en tombant en arrière à force de chercher un angle qui prennent à la fois les feuilles, la rue et cette femme qui marchait rapidement.

Photo 6 – Saint Denis

Guy - La photo Saint Denis est un genre différent dans ta sélection. Je crois que tu as une couple de versions de celle-ci dans tes albums Facebook. Celle-ci a une mention “Inspirée par Ludovic Etienne”. Je présume donc que c’est le bon point de départ pour expliquer cette photo…

Naro - Cette photo fut effectivement prise avec Ludovic, photographe remarquable qui me demandait lors de sa dernière exposition de lui apprendre la photo de rue. Cette après-midi fut une des plus intéressantes à titre personnel. C’était la première fois que je partageais ma passion pour la photo de rue, que j’expliquais les dizaines de petites choses auxquelles je pense quand je pratique et que je ne pourrai pas développer entièrement ici… Mais le meilleur ce n’est pas la théorie, c’est la pratique. Et en déambulant dans Paris nous avons croisé le Maire de Paris en visite dans le 10ème arrondissement, une manifestation d’Anonymous à Arts-et-Métiers, et quelques autres choses encore. Des hasards qui ont fait dire à Ludovic : “c’est un peu ça la liberté”. Et je crois bien que c’était un peu ça cette après-midi, de la liberté.

Je trouve cette photo remarquable, peut-être une des plus abouties que j’ai pu réalisé jusqu’à présent. Cette grille donne un cadre et de la valeur à la perspective de l’allée qui est derrière, et ce père et son enfant représentent pour moi parfaitement ce que je comprends de ‘l’instant décisif‘.

Photo 7 – Abbesses

Guy - Personnellement, voir une photo comme Abbesses dans cette sélection m’a surpris. Rien dans cette photo ne vient me chercher. Une photo parmi tant d’autres. C’est dans le quartier où tu vis mais il doit bien y avoir autre chose derrière cette photo pour que tu la retiennes dans les 15 photos de la sélection finale. Un aspect plus technique probablement….

Naro - C’est l’attitude de ces hommes que je trouve intéressante. Cette soirée de photos fut partagée avec la plus charmante des Padawans, Soraya. Lorsque la foule est présente, j’attends en pensant ‘more’… Mais en regardant de plus près cette photo je n’arrive pas à te dire ce que je lui trouve de spécial. Un choix quelconque, peut-être. Mais j’ai toujours aimé ce cliché.

Photo 8 – Invalide à Opéra

Guy - Je me rappelle t’avoir suggéré cette photo - Invalide à Opéra – mais sans vraiment croire qu’elle se rendrait dans la sélection finale. Il y a une petite histoire derrière cette photo ? Elle semble assez improbable comme photo. Un quai complètement vide à la station de métro Opéra avec comme seul sujet une invalide laissée à son sort… Tu n’en referas pas une semblable demain matin…

Naro - Tout est dit. Je trouve l’instant magique. Ou effrayant, c’est selon.

Photo 9 – Trudaine 2

Guy - Trudaine 2. Une autre de tes plus belles. Pas de débat ici. Tu n’as certainement pas hésité longtemps pour la choisir. Elle est assez récente d’ailleurs. Fin septembre 2012. Une grande mélancolie se dégage de cette photo. Très “classe” aussi. Probablement un petit “classique Naro” déjà. L’utilisation du flou à mesure que l’on s’éloigne du modèle central n’est pas fréquent non plus dans tes photos. Assez rare même. Belle réussite ici. Tu l’as vu instinctivement pour prendre cette photo de cette manière où tu as eu le temps de tenter plusieurs photos différentes avec cette scène ?

Naro - Je n’en ai pris qu’une sur l’instant. Je la trouve très représentative de ce que je connais et aime de ce quartier où je passe tous les jours. Je n’ai pas grand chose d’autre à en dire, c’est Paris tel que je le vois.

Photo 10 – Château Rouge

Guy - Pour ma part, je trouve aussi Château Rouge comme étant un peu banale par rapport à d’autres que tu n’as pas retenu. Pas qu’elle n’est pas bien en soi mais je crois que tu en a des tonnes du même genre. La question est probablement de savoir pourquoi celle-là en particulier. Il faut que tu nous expliques ce qui peut nous échapper en regardant cette photo dans le cadre de ta sélection.

Naro - Un autre moment où j’attends en pensant ‘more’… J’aime cette foule à une station de métro que je fréquente presque tous les jours. Ce que je vois ici, c’est la vie du quartier, et le regard de cette femme qui semble loin du bruit.

Photo 11 – Martyrs

Guy - Martyrs. Une très belle photo. Une de mes préférées. Dans une côte de Montmartre. Certains y voient un peu de Doisneau derrière cette photo, ce qui n’est certainement pas désagréable à entendre pour toi. Ce n’est pas la seule photo d’ailleurs où on peut sentir une touche “à la Doisneau”, ce grand photographe qui a tant photographié Paris. C’est une de tes influences, je pense. C’est toujours pas très loin dans ton subconscient cette référence au look possible “à la Doisneau” quand tu choisis tes scènes ?

Naro - Je dois te dire ici, à part une ou deux photos je ne connais pas le travail de Doisneau… Je descendais la rue des Martyrs et je vois cet enfant qui court. J’ai très peu de temps pour déclencher, je le sais car j’en rate tellement faute d’être prêt au bon moment. Mais coup de chance le déclenchement est à temps, et je suis heureux de pouvoir la garder avec moi. Une des photos dont je suis le plus fier.

Photo 12 – Jumelles de Luxembourg

Guy - Une belle photo intéressante ces Jumelles de Luxembourg que je ne me rappelais pas avoir vu. Aux Jardins du Luxembourg évidemment. On dirait un moment spontané. Être au bon endroit et au bon moment. C’est le cas?

Naro - C’est un peu ça. J’ai patienté plusieurs minutes en cherchant une attitude intéressante une fois que j’ai vu ces jumelles. Je dois cette photo à une autre de mes grandes inspirations de cette année, Khadidja. Je lui dois cette photo que j’aime plus que tout pour la petite mélancolie qu’elle me donne. Son premier titre était ‘Semons des cailloux”, je le trouve bien meilleur.

Photo 13 – Halles

Guy - Avertissement. Un peu de provoc ici. Avec mes excuses à l’avance. Encore ici, on aura besoin de ton aide pour comprendre la sélection de la photo Halles. Surtout en pensant à d’autres que tu as dû éliminer pour en arriver à ta sélection finale. Mon regard de profane me dit que tu as tenté quelque chose de technique au centre avec ton sujet principal qui ne m’apparait pas très réussi au final et qui prend une trop grande place et vient nous distraire pour apprécier le reste de la photo qui elle, est plus réussie. Mais je sens que tu vas prendre un malin plaisir à me remettre à ma place…

Naro - Je n’ai pas besoin de te remettre à ta place, tu penses ce que tu veux. J’ai choisi cette photo parce qu’elle fut prise lors de ma toute première sortie pour réaliser de la photo de rue, alors que je n’avais mon premier boitier depuis quelques semaines à peine. Je l’aimais bien pour ces deux plans qui me paraissaient très différents. Ce fut la première photo qui donna quelques commentaires sur Flickr et qui apparut sur la section ‘Explore‘. C’est en souvenir des rencontres qu’elle occasionna et des dizaines d’heures passées sur Flickr à explorer le travail de photographes remarquables que je l’ai choisie.

Photo 14 – Amoureux des Martyrs

Guy - Avec Amoureux des Martyrs, on a droit à une très belle photo s’inspirant un peu d’un célèbre classique de Doisneau mais un peu gâchée je trouve par ce bric-à-brac parisien tout autour du couple. Surtout cet échafaudage qui gâche toute l’architecture parisienne de la rue. Pas la faute du photographe mais une déception pour toi j’imagine. Mais au final, tu l’as retenu quand même.

Naro - Aucune déception dans cette photo. Je la trouve magique et j’aime les différents plans et niveaux de lecture qu’elle propose. Cette photo pour moi, c’est Paris, entre un échafaudage, une femme au téléphone, et un couple d’amoureux.

Photo 15 – Damrémont

Guy - Belle photo que ce Damrémont. Une rue du 18e arrondissement. Tu me disais que tu avais quelques photos de cette rue avec un angle semblable. C’est un hasard ou tu t’amuses souvent à reprendre des clichés semblables à des moments différents, question de voir ce que tu pourrais faire de mieux en exploitant d’une autre manière différents jeux de lumière, différentes techniques, selon les saisons ou à différents moments du jour ou de la nuit ? Un peu à la Claude Monet avec ses 30 toiles de la Cathédrale de Rouen.

Naro - Je passe très souvent dans cette rue pour y voir l’un de mes amis, alors oui cet immeuble doit être des dizaines de fois sur mon disque dur. J’essayais ici un nouveau cadrage, et l’excitation monta quand je vis arriver ces 3 hommes. Je savais que je tenais quelque chose. Cette photo est très caractéristique de ce que j’essaye de faire en ce moment : une structure, une perspective, et une scène de vie.

Photo 16 – Bonus…. Pourquoi la plus belle n’a pas été sélectionnée ? 

Guy - Alors, tu ne sortiras pas de cette interview sans une explication sur ma 16e, que tu dois sentir venir comme un piège depuis le début. Tu sais que je ne comprends pas pourquoi tu n’as pas retenu ce que je considère comme une, sinon ta meilleure photo de Paris. En la voyant, plusieurs seront certainement du même avis. Par contre, je n’ai toujours pas reçu d’explication. Alors, y a espoir de finalement savoir ?

Naro - Et bien c’est assez simple. Je la trouve d’une banalité déconcertante, elle ne serait même pas là si je devais en choisir 100. Je ne vois rien de spécial, si ce n’est le souvenir d’une bonne soirée. Mais je suis heureux si elle te plaît.